Vendredi 7 septembre 2007 5 07 /09 /Sep /2007 13:55
La campagne électorale pour les élections législatives du 2 décembre prochain démarre en Russie, quelques jours après la commémoration de la tragédie de Beslan, dans le Caucase russe.

Le 1er septembre, la Russie commémorait la tragédie de Beslan, en Ossétie du Nord, où 332 personnes décédaient après une prise d'otages de trois jours, le 1er septembre 2004. Au milieu des 200 personnes rassemblées devant l'Ecole numéro 1, Poutine. Le président est là, présent. Hyper-présent, même. Sur la scène politique, économique, ou médiatique. Démon autoritaire pour certains, ferme hérault des intérêts russes pour d'autres.

Le président, dont la possibilité d'un troisième mandat est toujours en débat, commémore, et veut voir vers l'avenir. Le 2 décembre prochain, les élections législatives ne devraient pas bouleverser le paysage politique de la Fédération. Le parti présidentiel, la Russie unie, a écrasé la Douma, chambre basse du parlement, durant ces huit dernières années. Il devrait être aisément reconduit aux affaires.

Aux affaires, justement. C'est le principal point de critique des détracteurs du président russe, qui lui attribuent toutes sortes de gaffes, d'opérations occultes ou d'abus de pouvoir.

Beslan, la première bombe
Trois ans après, les victimes de la prise d'otages de Beslan doutent encore du pouvoir. La version du déclenchement de l'attaque finale diverge. Selon les victimes, ce sont les forces de sécurité qui sont responsables du massacre, car elles auraient lancé une grenade incendiaire. Pour le régime, il s'agirait au contraire d'une attaque rendue incontournable par l'explosion de l'une des bombes posées par le commando preneur d'otages à l'intérieur de l'école.

Une enquête du parlement a tranché en 2006, concluant à l'infaillibilité des services spéciaux. Pourtant, chez les victimes comme chez beaucoup de Russes, le doute demeure.

Le pouvoir économique sous contrôle
Dans les affaires de limogeage des anciens oligarques russes, qui avaient porté Poutine au pouvoir, comme dans l'assassinat d'Aleksandre Litvinenko, le monde économique est en ébullition. "Sous contrôle", "mis sous pression" par un pouvoir russe qui rêve de sa grandeur perdue, elle a débouché sur de nombreux scandales sans résolution.

Et pourtant, le président Poutine se targue aujourd'hui de ses bons résultats économiques, chiffres à l'appui. Renégociation favorable des termes de l'échange sur les matières premières avec l'Union européenne, renationalisation de certains secteurs de l'économie... Le gouvernement Poutine donne aisément l'image d'un pouvoir soucieux de son peuple. Mais à quel prix ?

Le joueur d'échec
Car ce serait oublier la situation des droits de l'homme, qui n'a fait qu'empirer au cours des deux mandats du président. Si le joueur d'échecs Kasparov en a été la figure médiatique ces derniers temps, la mise sous tutelle de la société civile a démarré bien avant.

L'opposition, d'abord, harcelée par les contrôles fiscaux, réglementaires, policiers... Avec souvent emprisonnements à la clé, ou restrictions de liberté. Dans ce domaine, le joueur d'échecs international est une figure phare de la lutte contre le pouvoir en place.

Mais la presse (voir le rapport annuel sur http://www.rsf.org), également. Journalistes incarcérés, information contrôlée,  rédactions muselées. Le pouvoir semble faire fi des sonnettes tirées de nombreux côtés pour dénoncer les atteintes aux droits de l'homme. Ici encore, on peut déplorer que la puissance économique de la Fédération permette souvent de taire bien des "partenaires", notamment européens.

Pour conclure ce bilan peu glorieux, mais fortement à charge, il faut ajouter que la volonté de certains membres de Russie unie de reconduire Poutine au pouvoir pour un troisième mandat n'est pas si autocratique qu'elle en a l'air. Elle est suivie par un nombre important d'électeurs russes, si l'on en croit les sondages. Pour Russie unie comme pour les quatorze autres parties qui sont en lice pour les législatives de décembre - à condition que ces partis obtiennent 2 millions de signatures de citoyens, ou déboursent 60 millions de roubles pour avoir le droit de présenter leurs bulletins -, la partie n'est pas encore jouée.

3 mois de campagne peuvent changer beaucoup de choses. A commencer par la nomination attendue du dauphin de Poutine.
antoine
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Vendredi 7 septembre 2007 5 07 /09 /Sep /2007 13:50
Comme le matou, BuzZz revient.

Les vacances sont finies, et avec elles les longs stages dans des journaux d'un peu partout.

Il est temps pour nous de relancer la machine. Moins de temps pour dormir sur les bancs de l'école, mais plus de temps pour revenir vous alimenter, aussi régulièrement que possible, en infos importantes, insolites, sérieuses, décalées... voire insignifiante.

antoine
Par BuzzzTeam
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Jeudi 21 juin 2007 4 21 /06 /Juin /2007 09:13

La phrase de la semaine a cette fois-ci un joli accent du sud-ouest. Elle nous est offerte par Bernard Laporte, sélectionneur du XV de France et fraîchement nommé secrétaire d'Etat aux Sports dans le nouveau gouvernement de François Fillon.

"Je lirai des dossiers le soir pour me tenir au courant"

 



Sans vouloir polémiquer, ce n'est tout de même pas très rassurant. Ni pour les amoureux du rugby en France, ni pour les aficionados de la politique nouvelle. Car un entraîneur qui prépare une Coupe du Monde - celle-ci débutera en France en septembre - a-t-il le temps de se pencher sur des dossiers politiques? Et, a contrario, un homme chargé de la politique sportive française peut-il se permettre d'aller jouer une compétition sportive pendant que ses petits camarades du gouvernement affrontent les affres de l'action politique? Ce sont des questions que l'on est en droit de se poser. Et que l'on se posera certainement d'ici quelques semaines. Car combiner élaboration de tactiques sophistiquées sur le terrain et compréhension des grands chantiers nécessaires au sport français - et il y en a beaucoup, à commencer par le dopage dans l'athlétisme ou le cyclisme par exemple - n'est suremant pas chose aisée.

Cependant, cette nomination est d'abord la conséquence d'une forte amitié entre le sélectionneur national et le Président de la République Nicolas Sarkozy. Une amitié fusionnelle, selon Laporte, qui a découvert un "sacré mec". Et Dieu sait que dans le rugby, tout est affaire d'hommes. Du vestiaire sentant la sueur aux mêlées temples de la fraternité, les amitiés se forment et se consolident, car l'Ovalie porte en elle des valeurs humaines ancestrales, dans lesquelles la trahison n'a pas sa place si ce n'est entre quatre yeux. Le rugby traîne derrière lui une réputation de bonhomie, de simplicité de caractère et, disons-le carrément, les rugbymen sont souvent moqués comme étant des brutes sans cervelle. Imagerie populaire, cela peut nuire au nouveau secrétaire d'Etat, qui est par ailleurs un brillant chef d'entreprise, qui n'hésite donc pas à "travailler plus, etc...".

Alors oui, la nomination de Bernard Laporte est une bonne chose pour le sport français, en partie parce qu'elle limitera peut-être le champ d'intervention de la dame en rose qui fait semblant de lire L'Equipe devant les caméras - Roselyne Bachelot pour les intimes. Cette place de choix montre aussi à quel point être un ami du Président est utile pour entrer au gouvernement, ce qu'on ne saurait reprocher ni à l'un, ni à l'autre.

Mais cette nomination est dangereuse pour les deux hommes. Que les Bleus fassent une mauvaise Coupe du Monde et on dira que leur entraîneur avait la tête ailleurs, et Nicolas Sarkozy plongera dans les sondages de sympathie. Que Bernard Laporte ne mène pas à bien la tâche politique qui lui a été confiée, et on dira qu'il ne fallait pas s'attendre à ce qu'un rugbyman fraîchement éloigné des terrains parvienne à accomplirl e travail d'un ministre. 
En attendant, et c'est la seule chose qui fasse l'unanimité : Allez les Bleus!
yann

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Mercredi 20 juin 2007 3 20 /06 /Juin /2007 19:31
Arrêt sur Images ne sera plus diffusé par France 5 à partir de la rentrée. Selon le Point, qui révélait lundi qu'"après douze saisons, l'émission [...] de Daniel Schneidermann ne sera pas reconduite la saison prochaine". Source : officieuse. Confirmé au présentateur par la chaîne dans l'après-midi. Sur le Big bang blog (http://www.bigbangblog.net, ndlr), Daniel Schneidermann ne cache pas sa rancoeur.

Douze ans, et puis merci. Volonté de "renouveler les programmes et d'ouvrir un espace de décryptage de l'information", selon Philippe Vilamitjana, directeur de l'antenne de la cinquième chaîne. Daniel Schneidermann ferme la porte. Lourde perte pour ceux qui voyaient en "Arrêt sur images" la seule émission de critique de la télé par elle-même.

Même Acrimed (Action critique médias) dénonce une suppression "inacceptable". Car l'émission était elle-même souvent critiquée, par Acrimed ou d'autres. Trop complaisante, seulement une critique d'apparence pour mieux asseoir les journalistes dans leur légitimité ("Eh, on dit des conneries, mais on dit qu'on a dit des conneries après !"). Accusée même souvent d'utiliser elle-même les procédés qu'elle dénonçait (licenciements de collaborateurs peu coopératifs, etc.)

Pétitions, soutiens de toute part. Les actions s'enchaînent pour faire revenir à l'antenne l'émission. A l'heure qu'il est, impossible d'en dire plus. Si ce n'est rappeler que la mobilisation du même genre pour "Là-bas si j'y suis", émission "gaucho" sur France Inter, a eu raison de la radio publique. Daniel Mermet diffuse de nouveau sur "son" créneau. Mais la télé n'est pas la radio, et le combat de Schneidermann et de son équipe semble perdue d'avance...

Il en deviendrait presque sympathique, ce présentateur buté qui a vu si longtemps ce qui se passait ailleurs en passant sous silence ses propres erreurs. Mais non, Daniel Schneidermann est en passe de tout gâcher. Déjà, sur son blog, il tombe dans le pathétique. Toute l'ambiguïté de l'émission. Qui a dit que la télé n'était qu'une question d'image ?
antoine

Sources :
http://www.rue89.com/2007/06/17/vous-regardez-peut-etre-la-derniere-d-arret-sur-images
http://www.bigbangblog.net/article.php3?id_article=650
http://www.acrimed.org/article2649.html
http://www.france5.fr/asi/
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Mardi 19 juin 2007 2 19 /06 /Juin /2007 09:58
Vous connaissez certainement la rumeur internet de la semaine. Il y a dix jours le net s'embrasait après un reportage de la télévision belge, la RTBF. Nicolas Sarkozy venait de donner une occasion aux commentateurs les plus acerbes lors du sommet du G8 à Heiligendamm, en Allemagne.

 

En une semaine, la vidéo a été visionnée des millions de fois, chacun y allant de sa petite interprétation spécialiste. Evidemment, cette vidéo n'a été vue à l'antenne ni de TF1, ni de France Télévisions.
Les faits sont : M. Sarkozy, avant de se rendre en conférence de presse, a eu une longue entrevue avec Vladimir Poutine. Entrevue? Lorsqu'on sait que le Président russe aime à offrir de la vodka à chacun de ses invités, on se doute que l'entretien a dû être arrosé. Mais, en France, on sait aussi que notre Président ne boit pas une goutte d'alcool, ce qui le dessert plutôt lors des tournées "promotionnelles", lorsque de joyeux agriculteurs ont souvent le coude levé comme une invitation au partage. On sait aussi que Sarko est depuis quelques mois sous tranquilisants (du moins on s'en doute fortement), afin de changer une image nerveuse et colérique. Enfin, on sait qu'il a rêvé toute sa vie du poste qu'il occupe depuis le 6 mai à 20h.
Alors l'hypothèse est la suivante : euphorique d'être présent devant tous ses journalistes, le président a senti monter en lui une ivresse facilitée par l'ingestion d'un verre de vodka mélangé au reste du Lexomil avalé le matin. 
Mais bon, l'intérêt de cette affaire est que chacun peut y aller de son hypothèse argumentée. Je vous invite donc à prendre part à cette discussion hautement intéressante, afin de faire triompher la vérité. Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse, comme dirait l'autre.
yann

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Samedi 16 juin 2007 6 16 /06 /Juin /2007 10:14

Il y a deux jours, le Président de la République française Nicolas Sarkozy se déplaçait à Varsovie pour tenter de convaincre son homologue polonais, Lech Kaczynski, de ne pas faire opposition au projet d'adoption par l'UE d'une constitution européenne "simplifiée". On sait que ce projet tient à coeur de Nicolas Sarkozy, mais il se heurte aux réticences de quelques-uns de ses partenaires, dont évidemment la Pologne, qui pose comme condition à cette adoption un poids plus probant au sein du carré décisionnel de l'Union. Avant d'arriver à cette rencontre, le pays a connu ces dernières années plusieurs crises et blocages. 

Dès l'arrivée de Lech Kaczynski à la Présidence de la République, le 23 octobre 2005, on savait que l'ancien maire de Varsovie instaurerait un régime plus autoritaire que par le passé. Ancien activiste anti-communiste, proche conseiller de Lech Walesa lors de son passage à la Présidence, ce catholique pratiquant voulait alors imposer une "réforme morale" à la Pologne. Il avait d'ailleurs fait montre de sa capacité à serrer la vis contre des valeurs lui semblant immorales lorsqu'il avait interdit une manifestation homosexuelle dans les rues de la capitale. Puis ce fut le temps des manoeuvres politiciennes. En effet, Lech a un frère jumeau, Jaroslaw. Ce dernier avait juré tous ses grands dieux qu'il ne ferait aucunement partie d'un gouvernement pendant la Présidence de son frère, se contentant du poste de président de leur parti PiS ( Prawo i Sprawiedliwosc, Droit et justice). Mais, à la suite de la démission "surprise" de Kazimierz Marcinkiewicz, Premier ministre désigné, Jaroslaw prit le poste et forma dès lors avec son frère jumeau une paire exécutive indéboulonnable et univoque.
Il s'agit là du seul exemple d'une paire de jumeaux aux commandes d'une nation, aux deux postes-clés du pouvoir exécutif. Comment alors ne pas parler d'accaparement du pouvoir?

                                         zwillinge-kaczynski.jpg


Le temps des alliances

En Pologne, la religion catholique occupe une place très importante, renforcée encore par l'amour porté à l'ancien enfant du pays, le défunt pape Jean-Paul II. Mais le pays compte aussi son lot d'ultra-conservateurs et de catholiques extrèmistes, dont la voix est portée bien haut par la populaire Radio Marija. Ce média, condamné à de maintes reprises par le Vatican, propage des idées extrémistes et surtout antisémites sur les ondes, donnant la parole à la haine la plus virulente et passéiste qui soit. A l'heure où je vous parle, cette radio d'un autre temps émet toujours aussi librement. Il faut dire que l'exemple ne vient surement pas d'en haut. Pour gouverner, les jumeaux Kaczynski se sont vite rendus compte qu'une bonne majorité à la Diète (le Parlement) était nécessaire. Alors, au lieu de passer des alliances avec PO (Plateforme civique) comme par le passé, les deux leaders de PiS décidèrent de faire entrer de nouveaux partis dans le gouvernement. Le 5 mai 2006, Roman Giertych, président de la Ligue des familles polonaises, accède au poste de ministre de l'Education nationale. Il est accompagné par Andrzej Lepper, leader de Samoobrona (Autodéfense), qui décroche le poste de ministre de l'Agriculture et du Développement rural. Leur particularité? Une solide base nationaliste et conservatrice. Leur "petit plus"? Les dérapages antisémites et racistes.
Dès son arrivée au gouvernement, en guise de programme ministériel, Roman Giertych réclama un référendum sur la peine de mort au niveau européen. De son côté, Andrzej Lepper se vante d'avoir lu Goebbels (le ministre de la propagande nazie), un "modèle", et loue la politique de grands travaux du chancelier Adolf Hitler, qui a sorti l'Allemagne de la crise. 
De plus, la Pologne passe du statut de pays misant sur son redressement par le biais de l'Union européenne à celui d'euro-sceptique. Il faut quand même nuancer ce propos en rappelant que le peuple polonais, lui, est en grande majorité europhile.

                                        


US, go home?

En 2003, alors que la Pologne ne faisait pas encore partie de l'Union européenne, ses dirigeants avaient offusqué la France et l'Allemagne en déclarant leur soutien total à la guerre lancée en Irak par les Etats-Unis de George W. Bush. Peu de temps après, un scandale se propageait à grande vitesse dans le monde entier. Les Etats-Unis, par l'intermédiaire de leur organisation d'espionnage la CIA, possèderait des prisons secrètes sur le sol européen, servant de bases de transit pour leurs prisonniers en provenance du Moyen-Orient et d'Afghanistan. Il y a peu, Dick Marty, le rapporteur du Conseil de l'Europe en charge du dossier, a livré comme une bombe sa conclusion après une enquête de plus d'un an : la Pologne et la Roumanie ont, entre 2003 et 2005, abrité des centres de détention de la CIA, dans le cadre d'accords au sein de l'OTAN. Cela fait quand même désordre dans un pays qui, à l'époque, plaidait sa cause afin d'intégrer l'Union européenne dans les meilleurs conditions. Evidemment, ce scandale n'est pas du fait du gouvernement actuel, puisqu'antérieur à 2005. Mais il montre à quel point la Pologne, traumatisée par un passé communiste, affiliéé à l'URSS, craint de se retrouver une fois encore dans le giron de son puissant voisin. En choisissant le soutien aux Etats-Unis, la Pologne veut éloigner le spectre russe. Récemment encore, le pays a été choisi par l'administration américaine pour accueillir sur son sol une dizaine de boucliers anti-missiles, une partie de la stratégie nord-américaine pour se protéger d'éventuelles attaques russes. Une nouvelle guerre froide, dénoncée par le très peu démocrate Vladimir Poutine. La Pologne porte en elle les germes pour devenir une poudrière.

Le passé communiste est vraiment la hantise des nouveaux maîtres de Pologne. Cette année, en guise de loi-phare, les jumeaux Kaczynski ont lancé la loi de lustration. Cette loi au nom barbare visait à obliger les Polonais à révéler s'ils avaient collaboré avec la police communiste par le passé. De nombreuses voix se sont alors élevées dans toute la Pologne pour protester contre cette atteinte à la vie privée, ramenant le pays dans une ère de délation généralisée. Heureusement, la Cour constitutionnelle s'est emparée de l'affaire et a largement invalidé une grande partie de la loi, notamment les articles visant les journalistes, les directeurs d'école, les recteurs d'université ou encore des dirigeants d'entreprise. Une sévère défaite pour les jumeaux. Augure-t-elle d'un contrôle plus ferme du pouvoir par les organismes indépendants tels que la Cour constitutionnelle? Ou peut-on craindre un resserrement de vis de la part du Président et du Premier ministre?
C'est pour tout cela que la Pologne est aujourd'hui un point névralgique de l'Europe, partenaire obligatoire mais réticent, suiviste mais tiraillé. Avec en ligne de mire un poids de vote aussi important que les grandes puissances traditionnelles européennes, faut-il avoir peur de la Pologne?
yann


 

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Jeudi 14 juin 2007 4 14 /06 /Juin /2007 18:47

p155.jpg Cours basique de montage. Un vieux film, un gros plan d'un acteur au visage inexpressif. Quelques secondes. Ce même plan est utilisé trois fois. La première, il est couplé au montage à un plan d'un bol de soupe. La deuxième, le plan qui lui est associé donne à voir un cadavre. La troisième fois, c'est un corps de femme nu qui coupe le plan du visage de l'homme.

Cette expérience a été réalisée au siècle dernier par le cinéaste et théoricien russe Lev Koulechov. Il a soumis un "panel" de spectateurs à ces trois montages, pour voir leur réaction. Dans le premier cas, tous sont persuadés de déceler sur le visage de l'acteur la faim. Dans le deuxième, une profonde tristesse envahit ses yeux, selon leurs dires, tandis que dans le dernier, ils voient tous un personnage empli de désir et d'excitation sexuelle.

Que montre cette expérience ? Qu'il suffit de voir Nicolas Sarkozy avec ses tics habituels hoqueter une seule fois, se reprendre ou trébucher sur deux syllabes, et d'entendre un journaliste belge de la RTBF avancer qu'"apparemment, il n'avait pas bu que de l'eau", pour que 2 millions d'internautes visionnent une vidéo montrant une conférence de presse du président français, à la sortie du G8, et la fasse passer à tour de mails en annonçant que "Nicolas Sarkozy était beurré comme un coing" (si, je l'ai reçu dans ces termes).

Et qu'importe que les journalistes présents ne l'aient pas relevé, qu'importe si le présentateur de la RTBF a présenté ses excuses pour avoir dévié et tiré des conclusions qui n'engageaient que lui... Et qu'importe si Nicolas Sarkozy et Vladimir Poutine ne touchent jamais une goutte d'alcool. La vidéo a fait le tour d'Europe (au moins), et fait rire tout le monde. Rien de bien méchant.

Oui, sauf que ! Dans n'importe quelle autre circonstance, et si l'enjeu de la vidéo n'avait pas été un comportement d'homme émêché, les voix se seraient élevées de toute part pour protester contre le manque de sérieux d'un journaliste qui se trompe, et induit les gens en erreur parce qu'il n'a pas recoupé ses informations. Mais là, c'est drôle, alors on laisse la rumeur enfler, les médias (et surtout l'Internet) s'emballent sans que personne ne veuille les stopper... Et ça semble normal à tout le monde.

Doit-on rappeler qu'à la base, c'est le même type d'information non vérifiée, les mêmes conjectures fumeuses, qui ont amené le monde entier à s'émouvoir à la vue de pseudo-charniers à Timsoara ? Que c'est aussi parce que cela "semblait" plausible que les médias se sont acharnés sur les agresseurs du RER D... agresseurs aussi inexistants qu'issus de l'immigration. La télé a cette force de conviction qu'une image semble vraie dans tous les cas, et qu'elle appuie forcément le commentaire qui est fait dessus. Le sens critique est endormi face à la télévision. Cela a été montré avant son invention par Koulechov, et mis en pratique dans le cinéma d'Eisenstein. 80 ans plus tard, l'effet Koulechov n'a pourtant rien perdu de sa force d'inertie.
antoine

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Mercredi 13 juin 2007 3 13 /06 /Juin /2007 16:05
L'auteur de la phrase de la semaine est mort. Ne sortez pas les mouchoirs, ce n'est pas récent. Ou plutôt si, sortez-les, car c'est bien de mouchoir dont il est question. Haïm Weizman est le premier président d'Israël, poste dont il a dit : "le seul endroit où on me laisse fourrer mon nez est un mouchoir."

Shimon Peres est prévenu : sa nomination à la tête (essentiellement honorifique) de l'Etat israëlien ne devrait pas occuper l'essentiel de ses journées. Alors, à défaut de mouchoir, on trouve une occupation. Moshé Katzav, son prédécesseur, l'avait bien compris. Après avoir grillé la politesse au travailliste Peres en 2000 en prenant la présidence, il a laissé son nez en paix. Il est d'ailleurs plus connu aujourd'hui pour avoir souillé de ses attributs la fonction présidentielle.

Que voulez-vous, ils s'ennuient. Dans ce pays où tout va si bien, c'est presque poussé par l'oisiveté que Moshé Katzav a joué au Clinton des kibboutz. Shimon Peres, l'un des derniers fondateurs d'Israël, a laissé entendre qu'il ne s'y laisserait pas prendre (à l'oisiveté, hein).

Son but : la paix. Mais c'est bien sûr, doivent se dire ses prédécesseurs. Pourquoi ne pas y avoir pensé ? Justement parce que la fonction présidentielle est honorifique. D'autant que Shimon Peres n'est pas la tête de liste des personnalités en qui les Palestiniens et Israëliens fondent leurs espoirs de paix.

Sa biographie, rappelée à juste titre par la Libre Belgique, montre qu'il n'a jamais hésité à passer d'un camp à l'autre. C'est "pour la paix" qu'il a rejoint Ariel Sharon et son parti Kadima. C'est "au nom de la paix" qu'il a suivi les préceptes du sioniste David Ben Gourion (fondateur du parti travailliste, il a gouverné le Yishouv avant la création d'Israël et l'Etat fraîchement créé pendant trois décennies, ndlr).

En définitive, Shimon Peres veut être "jugé sur ses actes". Espérons seulement que faute de pouvoir bouger en politique, il n'ira pas plonger l'Etat israëlien dans de nouveaux scandales.
antoine
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Mercredi 6 juin 2007 3 06 /06 /Juin /2007 12:01

A l'heure où la censure économique, pour cause d'intérêts publicitaires, fait peur, les grands industriels détenteurs des groupes de presse français font très fort. Dans un souci sans doute humaniste de redonner à l'homme toute sa place dans la jungle économique, ils rappellent au Monde et consorts les vraies valeurs d'une vraie République : la vieille bonne censure politique.

Vous la croyiez disparue ? Vous pensiez qu'elle n'avait plus cours, qu'elles étaient loin les années Peyrefitte où le tout-puissant ministre de l'information de Pompidou dictait aux chaînes ses quatre volontés ? Retour dans le futur, le coup de ciseau politique n'est pas mort. Car ce n'est pas au nom de leurs intérêts économiques que Vincent Bolloré, ou Arnaud Lagardère, ont taillé dans le dos des journalistes, récemment. Mais bien pour ceux de Nicolas Sarkozy. Encore ? Que voulez-vous, il faudra s'y habituer, il va être partout désormais.

Les faits : fin mai, un article "dérangeant" du Courrier international parle des tribulations d'un groupe de musique rom hongrois avec la police française. Le quotidien magyar repris, le Magyar Hirlap, comparait alors nos forces de l'ordre à la police soviétique d'il y a trente ans. Excessif ? Intolérable, selon la direction de Matin Plus.

Car oui, l'affaire se passe bien à Matin Plus. Suivez-bien, c'est le monde magique de la concentration de l'industrie de l'information. Le Monde, qui détient le Courrier International, a un partenariat avec Vincent Bolloré. Ils éditent en commun le gratuit Matin Plus, et reprennent à ce titre des articles du Courrier International. Sauf cet article-ci. "On ne peut pas parler de la sorte de la police française", dixit la direction de Matin Plus. Censuré une fois.

Réaction le lendemain, les journalistes du Monde, qui n'étaient bien sûr pas prévenus, se plaignent. On promet que le papier passera le 29 mai. 29 mai : Matin Plus est dans les kiosques... Un ange passe. Bolloré, himself, a coupé. Censuré deux fois.

La censure politique fonctionne à plein. L'affaire rappelle étrangement le choix d'Arnaud Lagardère, après le second tour de la présidentielle, de ne pas passer un papier sur l'abstention de Cécilia Sarkozy. Cela aurait fait tâche. Mais voilà, Bolloré n'est pas (encore) Lagardère. Et il ne fait pas le poids pour l'instant face à une société de rédacteurs. Surtout quand l'affaire a déjà filtré dans tous les médias nationaux. Donc les rédacteurs de Courrier International se rebiffent, et l'article doit passer. Avec, à côté, une tribune de Bolloré, expliquant son désaccord.

Les journalistes, réellement un quatrième pouvoir ? Pas sûr que ce soit ce qui a motivé Vincent Bolloré pour céder. Visiblement, la direction du Courrier International aurait fait valoir que le partenariat avec le Monde était plus important qu'un papier qu'on oublierait bien vite. Aussi vrai que Matin Plus finit chaque matin dans les poubelles parisiennes.
antoine

DES NOUVELLES DU FRONT
Second life, le jeu virtuel dont nous vous parlions il y a deux semaines, est attaqué en justice par Familles de France, qui entend en faire verrouiller l'accès pour "scatologie, pornographie, jeux d'argent et visualisation de contenus sensibles". Finalement, ce jeu devient très intéressant...

Par BuzzzTeam - Publié dans : Médiatiques
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Mercredi 6 juin 2007 3 06 /06 /Juin /2007 10:55

Entendu cette semaine à Lyon, où l'UMP, futur parti unique, tenait son grand meeting de soutien aux candidats investis dans la région Rhône-Alpes : 

“Oui, ce gouvernement incarne une nouvelle vague et un style original. Rien ne nous y obligeait. Ce 17 mai, nous aurions pu sans surprendre présenter aux Français le gouvernement des amis, des alliés, des vieux routiers du pouvoir. Nous aurions pu faire comme avant, comme toujours”.

Alors oui, bravo M. Fillon. Je crois que cette phrase peut concourir au titre de plus grosse langue de bois de l'année. Ou alors non. Peut-être le Premier ministre est-il sérieux, ce qui serait alors bien plus inquiétant...

Pour comprendre cette déclaration pleine de fraîcheur, analysons-là mot par mot. Tout d'abord, "Oui"
, qui est un adjectif d'affirmation...Euh non rien à redire là-dessus en fait.


                                            vague.jpg


"Une nouvelle vague".
Ah oui, c'est beau la mer quand les vagues se déchaînent...Et l'avantage avec une vague, c'est qu'elle déroule toute seule, sagement. Et puis en cette période estivale (c'est-à-dire 10 minutes de soleil encadrées par trois jours de pluie), il est tentant d'échanger ses vieilles running adidas contre une belle planche de surf qu'on a fartée amoureusement pendant dix mois. Par contre, les vagues, il en faut pas trop quand on fait bronzette sur le joli yacht de notre ami Vincent Bolloré, censeur en chef. Oui, c'est cela qu'a voulu dire M. Fillon, sans aucun doute.

"Un style original".
Le tutoiement est désormais de rigueur pendant le Conseil des Ministres. A part ça et le jogging avec caméras et t-shirt trop large (c'est pas gentil de se moquer), je ne vois pas...


"Rien ne nous y obligeait".
Oh, mais c'est vrai ça! Alors, merci, merci et encore merci Messieurs qui nous gouvernez avec tellement d'altruisme et de générosité. Merci de ne pas en avoir fait qu'à votre tête, merci d'avoir respecté le vote des Français, l'Histoire vous en saura gré, pour sûr.


"Le gouvernement des amis"
. Rachida Dati (la caution d'ouverture sur la société française, dixit le clip de campagne du parti pour les législatives), Xavier Bertrand, Brice Hortefeux, Roselyne Bachelot, Christine Boutin et Xavier Darcos apprécieront de ne pas être considérés comme des amis du couple de l'exécutif. Mais c'est vrai que Patrick Devédjian n'est pas de la partie. Qu'il se rassure, le strapontin de président du Conseil général des Hauts-de-Seine lui ira comme un gant!


"Des vieux routiers de la politique".
Hum... Simplement un nom, qui se suffit à lui-même : Alain Juppé, la terreur des éboueurs (post-manifs).


"Nous aurions pu faire comme avant, comme toujours"
. Au moins, il y a un aveu de poids dans cette déclaration. Les erreurs du passé servent à ne pas s'égarer dans le présent, et vice versa...


Trêve de plaisanteries, on a quand même l'impression de se faire endormir. Il faudra attendre pour évaluer réellement l'honnêteté de la démarche du gouvernement et du Président de la République. C'est vrai que faire entrer Bernard Kouchner au gouvernement, même très encadré, montre au moins une volonté  d'ouverture. Mais parler d'un changement radical, d'une rupture totale avec les copinages en politique, cela ressemble plus à de l'auto-persuasion qu'à une réalité visible. A force de se trouver des cautions, l'UMP finira très, très endetté...
yann

Par BuzzzTeam - Publié dans : Fraz'hebdo
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