Vendredi 7 septembre 2007
La campagne électorale pour les élections législatives du 2 décembre prochain démarre en Russie, quelques jours après la commémoration de la tragédie de
Beslan, dans le Caucase russe.
Le 1er septembre, la Russie commémorait la tragédie de Beslan, en Ossétie du Nord, où 332 personnes décédaient après une prise d'otages de trois jours, le 1er septembre 2004. Au milieu
des 200 personnes rassemblées devant l'Ecole numéro 1, Poutine. Le président est là, présent. Hyper-présent, même. Sur la scène politique, économique, ou médiatique. Démon autoritaire pour
certains, ferme hérault des intérêts russes pour d'autres.
Le président, dont la possibilité d'un troisième mandat est toujours en débat, commémore, et veut voir vers l'avenir. Le 2 décembre prochain, les élections législatives ne devraient pas bouleverser
le paysage politique de la Fédération. Le parti présidentiel, la Russie unie, a écrasé la Douma, chambre basse du parlement, durant ces huit dernières années. Il devrait être aisément reconduit aux
affaires.
Aux affaires, justement. C'est le principal point de critique des détracteurs du président russe, qui lui attribuent toutes sortes de gaffes, d'opérations occultes ou d'abus de pouvoir.
Beslan, la première bombe
Trois ans après, les victimes de la prise d'otages de Beslan doutent encore du pouvoir. La version du déclenchement de l'attaque finale diverge. Selon les victimes, ce sont les forces de sécurité
qui sont responsables du massacre, car elles auraient lancé une grenade incendiaire. Pour le régime, il s'agirait au contraire d'une attaque rendue incontournable par l'explosion de l'une des
bombes posées par le commando preneur d'otages à l'intérieur de l'école.
Une enquête du parlement a tranché en 2006, concluant à l'infaillibilité des services spéciaux. Pourtant, chez les victimes comme chez beaucoup de Russes, le doute demeure.
Le pouvoir économique sous contrôle
Dans les affaires de limogeage des anciens oligarques russes, qui avaient porté Poutine au pouvoir, comme dans l'assassinat d'Aleksandre Litvinenko, le monde économique est en ébullition. "Sous
contrôle", "mis sous pression" par un pouvoir russe qui rêve de sa grandeur perdue, elle a débouché sur de nombreux scandales sans résolution.
Et pourtant, le président Poutine se targue aujourd'hui de ses bons résultats économiques, chiffres à l'appui. Renégociation favorable des termes de l'échange sur les matières premières avec
l'Union européenne, renationalisation de certains secteurs de l'économie... Le gouvernement Poutine donne aisément l'image d'un pouvoir soucieux de son peuple. Mais à quel prix ?
Le joueur d'échec
Car ce serait oublier la situation des droits de l'homme, qui n'a fait qu'empirer au cours des deux mandats du président. Si le joueur d'échecs Kasparov en a été la figure médiatique ces derniers
temps, la mise sous tutelle de la société civile a démarré bien avant.
L'opposition, d'abord, harcelée par les contrôles fiscaux, réglementaires, policiers... Avec souvent emprisonnements à la clé, ou restrictions de liberté. Dans ce domaine, le joueur d'échecs
international est une figure phare de la lutte contre le pouvoir en place.
Mais la presse (voir le rapport annuel sur http://www.rsf.org), également. Journalistes incarcérés, information contrôlée, rédactions muselées. Le pouvoir semble faire fi des sonnettes tirées
de nombreux côtés pour dénoncer les atteintes aux droits de l'homme. Ici encore, on peut déplorer que la puissance économique de la Fédération permette souvent de taire bien des "partenaires",
notamment européens.
Pour conclure ce bilan peu glorieux, mais fortement à charge, il faut ajouter que la volonté de certains membres de Russie unie de reconduire Poutine au pouvoir pour un troisième mandat n'est pas
si autocratique qu'elle en a l'air. Elle est suivie par un nombre important d'électeurs russes, si l'on en croit les sondages. Pour Russie unie comme pour les quatorze autres parties qui sont en
lice pour les législatives de décembre - à condition que ces partis obtiennent 2 millions de signatures de citoyens, ou déboursent 60 millions de roubles pour avoir le droit de présenter leurs
bulletins -, la partie n'est pas encore jouée.
3 mois de campagne peuvent changer beaucoup de choses. A commencer par la nomination attendue du dauphin de Poutine.
antoine
Par BuzzzTeam
-
Publié dans : Vu d'Europe
0
-
Recommander
Commentaires Récents